Une révélation du Wall Street Journal
Deux contrôleurs aériens ont quitté leur poste avant la fin de leur service, quelques heures avant la collision mortelle survenue en mars entre un avion et un camion de pompiers sur une piste de l'aéroport de New York LaGuardia. C'est ce qu'a rapporté, jeudi 27 août, le Wall Street Journal, citant plusieurs sources proches du dossier. Cette absence anticipée aurait laissé la tour de contrôle en sous effectif au moment critique, dans les instants qui ont précédé un accident qui a coûté la vie à deux pilotes.
Le régulateur américain de l'aviation, la FAA, s'apprêterait désormais à licencier ces deux contrôleurs, toujours selon le quotidien américain. Une porte-parole de l'agence a confirmé que la FAA « s'engageait à tenir ses employés responsables de leurs actes » et qu'elle ne « compromettrait ni la sécurité ni l'efficacité du système national de l'espace aérien ».
Un trafic plus de deux fois supérieur à la normale
Le Wall Street Journal précise également que l'aéroport LaGuardia gérait, au moment de la collision, un trafic plus de deux fois supérieur à son niveau habituel. Cette surcharge opérationnelle aurait contribué à créer les conditions d'une erreur humaine aux conséquences dramatiques, dans un contexte où plusieurs équipes intervenaient déjà simultanément sur une autre urgence au sein de l'aéroport.
Le déroulé de l'accident
L'accident s'était produit en pleine nuit, le 23 mars, alors que les communications radio étaient partiellement brouillées par la charge de travail exceptionnelle de la tour de contrôle. Selon les éléments déjà connus de l'enquête, une première erreur a été l'autorisation donnée par un contrôleur aérien aux opérateurs du camion de secours de traverser la piste, alors même qu'un avion se trouvait en phase d'approche.
Se rendant compte de sa méprise quelques secondes plus tard, le contrôleur a ordonné aux secouristes de s'arrêter en lançant à plusieurs reprises « stop, stop, stop » par radio. Mais l'un des deux membres de l'équipage du camion a expliqué par la suite ne pas avoir su, sur le moment, à qui ce message s'adressait, un malentendu qui a laissé le véhicule engagé sur la trajectoire de l'appareil.
Un équipement de sécurité manquant
Le rapport préliminaire publié en avril par le Bureau américain pour la sécurité dans les transports, le NTSB, avait déjà mis l'accent sur l'absence de transpondeur à bord du véhicule de secours impliqué dans la collision. Ce dispositif électronique, qui émet automatiquement une réponse lorsqu'il reçoit une interrogation radio, aurait pu signaler de façon automatique au contrôle aérien que l'avion et le camion se trouvaient sur une trajectoire de collision potentielle, ce qui aurait probablement permis d'éviter le drame.
Les enquêteurs du NTSB avaient ainsi pointé, dès leur rapport préliminaire, une combinaison de défaillances humaines et de manques matériels, sans toutefois établir à ce stade de responsabilité individuelle précise, un point que la nouvelle enquête interne de la FAA semble aujourd'hui vouloir éclaircir.
Deux pilotes tués
L'accident avait coûté la vie au pilote et au copilote de l'appareil d'Air Canada impliqué dans la collision. L'avion effectuait une phase d'approche vers l'aéroport lorsque le camion de pompiers s'est retrouvé sur sa trajectoire, sur la piste, dans des conditions nocturnes qui ont encore compliqué la situation pour l'ensemble des équipes présentes sur le tarmac cette nuit là.
Un aéroport très fréquenté
LaGuardia est le troisième aéroport desservant la région de New York, derrière John F. Kennedy et Newark. Il a accueilli 32,8 millions de passagers en 2025, selon les chiffres communiqués par l'autorité portuaire de New York et du New Jersey, qui gère les principales infrastructures aéroportuaires de la métropole. Sa proximité avec le centre de Manhattan en fait une plateforme très prisée des voyageurs d'affaires, ce qui explique en partie la densité de son trafic quotidien.
Une enquête qui continue
La révélation du Wall Street Journal relance le débat sur les conditions de travail et les effectifs des contrôleurs aériens américains, un sujet déjà sensible outre Atlantique en raison de plusieurs incidents survenus ces dernières années sur des aéroports très fréquentés. Le fait que deux contrôleurs aient quitté leur poste avant la fin de leur service, dans les heures précédant un accident aussi grave, soulève des questions sur l'organisation des plannings et la gestion des pics de trafic au sein des tours de contrôle américaines.
Les prochaines étapes
La procédure de licenciement annoncée par la FAA à l'encontre des deux contrôleurs concernés devrait encore prendre plusieurs semaines, le temps que l'agence instruise formellement le dossier disciplinaire. Le NTSB, de son côté, doit encore publier son rapport final sur les causes de l'accident, un document généralement attendu plusieurs mois après un rapport préliminaire, et qui pourrait formuler des recommandations concrètes pour éviter qu'un tel enchaînement de circonstances ne se reproduise sur une autre piste américaine.
Le syndicat des contrôleurs sur la défensive
Les organisations représentant les contrôleurs aériens américains ont, par le passé, régulièrement alerté sur le manque chronique d'effectifs dans plusieurs tours de contrôle du pays, un sujet qui refait surface à chaque incident grave. Si aucune réaction officielle n'a encore été communiquée par le principal syndicat de la profession au sujet des révélations du Wall Street Journal, plusieurs représentants syndicaux avaient déjà, au lendemain de l'accident de mars, pointé du doigt des conditions de travail jugées éprouvantes dans les aéroports les plus fréquentés du pays.
La FAA a de son côté rappelé qu'elle avait lancé, ces dernières années, un plan de recrutement destiné à combler le déficit de contrôleurs aériens qualifiés à l'échelle nationale, un processus de formation qui prend toutefois plusieurs années avant de porter pleinement ses fruits sur le terrain, notamment dans les aéroports les plus complexes à gérer comme celui de LaGuardia.
