Le Pérou vient de porter un coup significatif à l'un des réseaux criminels les plus redoutés d'Amérique du Sud. Ibelmery Adon Colina Maldonado, considéré comme le chef présumé du gang Tren de Aragua au Chili, a été interpellé samedi par la police péruvienne à Lima, au terme d'une opération tripartite menée avec la police chilienne et le FBI américain.
Une arrestation dans un quartier populaire de Lima
L'interpellation a eu lieu samedi matin dans une rue du district de San Martín de Porres, un quartier populaire et très fréquenté du nord de la capitale péruvienne. Selon la police péruvienne, le suspect, un Vénézuélien de quarante huit ans connu sous le pseudonyme de R15, était en possession de faux documents d'identité au moment de son arrestation, ce qui laisse penser qu'il cherchait à se fondre dans la population locale depuis un certain temps.
Une opération tripartite entre trois pays
Le ministre de l'Intérieur péruvien, le général César Astudillo, a confirmé lors d'un point presse que l'arrestation résultait d'une coopération étroite entre les autorités péruviennes, la police chilienne et le FBI américain. Cette coordination entre plusieurs services de renseignement et de police de la région illustre l'ampleur du dispositif désormais mis en place à travers le continent pour traquer les principales figures du crime organisé transnational lié au gang Tren de Aragua.
Un accord signé en mai entre le Pérou et le FBI
Cette arrestation s'inscrit dans le cadre d'un accord signé au mois de mai entre le FBI et la police du Pérou, destiné explicitement à faire face au crime organisé transnational grâce à la coopération et aux enquêtes spécialisées. Cet accord bilatéral a déjà permis, selon les autorités péruviennes, de mener plusieurs opérations coordonnées contre des réseaux criminels sud-américains actifs sur le territoire péruvien, dans un contexte où plusieurs pays de la région ont renforcé leur collaboration face à l'expansion rapide de ce type d'organisation.
Un homme recherché pour enlèvement
Ibelmery Adon Colina Maldonado était notamment recherché pour son implication présumée dans l'enlèvement et la séquestration d'un citoyen vénézuélien survenus au Chili, des faits qui lui valent d'être considéré comme l'une des têtes du réseau Tren de Aragua dans ce pays. Le ministre péruvien a précisé que le suspect serait prochainement expulsé vers le Chili, où il devra répondre de ces accusations devant la justice locale.
Une deuxième arrestation en quelques jours dans la région
Cette interpellation intervient à peine deux jours après celle d'un autre dirigeant présumé du gang Tren de Aragua, arrêté jeudi à Bogotá, en Colombie. Identifié comme Luis Saúl Pérez Nieto, alias Páez ou Nairobi, cet homme était également visé par plusieurs mandats internationaux liés à ses activités présumées au sein de l'organisation. La succession rapide de ces deux arrestations, menées dans deux pays différents à quelques jours d'intervalle, illustre l'intensification de la pression exercée par les autorités sud-américaines sur les principaux relais du réseau à travers le continent.
Un gang né au Venezuela, aujourd'hui présent dans huit pays
Le gang Tren de Aragua s'est formé en 2014 dans l'État vénézuélien du même nom, avant de s'étendre, selon plusieurs rapports de renseignement, à pas moins de huit pays d'Amérique du Sud. L'organisation est accusée de multiples activités criminelles, allant de la traite d'êtres humains aux assassinats, en passant par les enlèvements, les vols, le trafic de drogue et l'extorsion, ce qui en fait aujourd'hui l'un des réseaux criminels les plus craints du sous continent.
Une organisation classée comme terroriste par Washington
Les autorités américaines considèrent officiellement le gang Tren de Aragua comme une organisation terroriste, un statut qui permet à Washington de déployer des moyens renforcés dans la traque de ses principaux membres, y compris en dehors du territoire américain. Cette qualification avait déjà conduit, en juin dernier, à une frappe américaine ayant permis d'abattre celui surnommé l'enfant guerrier, présenté à l'époque comme l'un des chefs les plus emblématiques de l'organisation au Venezuela.
Une pression régionale qui s'intensifie
Au-delà du seul cas du Tren de Aragua, plusieurs pays d'Amérique du Sud ont ces derniers mois renforcé leur arsenal juridique et opérationnel face au crime organisé. La Colombie a par exemple récemment autorisé des opérations antidrogue conjointes avec les États Unis et envisage désormais d'enfermer les détenus les plus dangereux sur des navires en pleine mer, une mesure exceptionnelle destinée à limiter les risques d'évasion ou de poursuite des activités criminelles depuis l'intérieur des prisons traditionnelles. Cette escalade des mesures de sécurité témoigne de la difficulté persistante, pour les États de la région, à endiguer durablement l'influence de ces réseaux criminels transnationaux.
Une menace qui dépasse les frontières sud-américaines
Le Tren de Aragua ne se limite plus aujourd'hui à l'Amérique du Sud : plusieurs de ses membres ont été identifiés ces dernières années aux États Unis, où l'organisation est associée à des filières de traite d'êtres humains et de trafic de drogue touchant directement certaines communautés vénézuéliennes installées sur le sol américain. Cette extension géographique explique en grande partie l'implication directe du FBI dans les opérations menées contre ses dirigeants, y compris lorsque ces derniers se trouvent hors du territoire américain, comme c'est le cas avec l'arrestation intervenue samedi à Lima.
La suite judiciaire attendue au Chili
Une fois son expulsion vers le Chili confirmée, Ibelmery Adon Colina Maldonado devra répondre devant la justice chilienne des faits qui lui sont reprochés, notamment concernant l'enlèvement et la séquestration évoqués par les autorités péruviennes. Cette procédure judiciaire, très suivie dans la région, pourrait permettre d'obtenir de nouveaux éléments sur l'organisation interne du réseau Tren de Aragua au Chili, un pays qui a vu, ces dernières années, la présence de cette organisation criminelle se renforcer significativement sur son territoire, au point de devenir l'une des principales préoccupations sécuritaires des autorités chiliennes.
Le Chili en première ligne face au réseau
Le Chili figure aujourd'hui parmi les pays les plus directement confrontés à l'implantation du Tren de Aragua sur son territoire, avec plusieurs opérations menées ces derniers mois par la police chilienne contre des cellules locales soupçonnées de racket, de trafic de drogue et de traite d'êtres humains dans la région de Santiago. Cette arrestation obtenue grâce à la coopération avec le Pérou et le FBI vient renforcer un arsenal judiciaire chilien déjà mobilisé de longue date contre l'organisation, dans un pays où l'opinion publique se montre particulièrement sensible aux questions de sécurité liées à l'immigration et au crime organisé venu du reste du continent.
