Un silence qui interroge
« Votre opérateur ou le réseau Wi-Fi ne permettent pas de joindre votre correspondant. » C'est ce message qui s'affiche désormais sur l'écran de toute personne tentant de joindre Xenia Fedorova. La chroniqueuse russe du groupe Bolloré, égérie régulière des plateaux de CNews, a disparu de la circulation depuis la fin du mois de juillet. Son téléphone sonne dans le vide, ses proches restent injoignables, et aucune autorité française n'a pu la localiser depuis plusieurs semaines. Une situation d'autant plus étonnante qu'elle concerne une figure médiatique habituée aux plateaux et aux caméras, et non une personnalité discrète.
Ce silence radio tranche avec l'omniprésence médiatique dont jouissait jusqu'alors Xenia Fedorova. Habituée des débats télévisés, connue pour ses interventions remarquées et ses formules chocs, elle avait fini par incarner, aux yeux du public français, un visage récurrent de la ligne éditoriale pro-russe assumée par certains programmes du groupe Bolloré. Sa disparition soudaine, après des années de visibilité constante, alimente d'autant plus les interrogations et les spéculations sur sa localisation actuelle.
Une expulsion signée dans la discrétion
Tout part d'un arrêté d'expulsion du territoire français, signé le 27 juillet par le ministère de l'intérieur, pour « atteinte aux intérêts fondamentaux de l'État ». Le document prive Xenia Fedorova de son titre de séjour et lui interdit désormais de travailler en France. La mesure lui est notifiée deux jours plus tard, le 29 juillet. Contrairement à ce que prévoit généralement ce type de procédure, elle ne s'est jamais présentée aux autorités françaises, qui n'ont donc pas eu l'occasion de la conduire vers un avion ou une frontière. Elle a tout simplement disparu avant que la mesure ne puisse être exécutée.
La dernière image avant la disparition
Sa dernière trace publique connue remonte au 28 juillet. Ce jour-là, en fin d'après-midi, Xenia Fedorova publie sur Instagram une story de la cathédrale orthodoxe russe Saint-Nicolas de Nice, sous un ciel bleu éclatant, en géolocalisant précisément la ville. C'est la dernière image d'elle en France, postée quelques heures à peine avant que l'arrêté d'expulsion ne lui soit officiellement notifié. Depuis, plus rien : ni publication, ni apparition, ni confirmation de sa localisation actuelle.
Des nouvelles données depuis l'ombre
Pourtant, Xenia Fedorova n'a pas totalement disparu des radars médiatiques. Depuis le mois de juillet, elle donne régulièrement de ses nouvelles par écrit, dans les colonnes du JDNews et du Journal du dimanche. Pas moins de quatre tribunes y ont été publiées en quelques semaines, toutes rédigées dans un ton offensif, critiquant ouvertement le gouvernement français et la décision qui la vise. Cette stratégie de communication, menée depuis un lieu tenu secret, transforme sa disparition en une forme de cavale résolument politique, où chaque prise de parole devient un message adressé directement à Paris.
Le parcours d'une égérie du groupe Bolloré
Sur les plateaux de CNews, Xenia Fedorova s'était fait connaître comme l'une des voix chargées de porter un regard russe sur l'actualité internationale, en particulier sur la guerre en Ukraine et les tensions entre Moscou et les capitales occidentales. Sa présence régulière dans les débats et sa proximité assumée avec les positions du Kremlin en avaient fait une figure identifiable, saluée par certains téléspectateurs et vivement critiquée par d'autres, notamment pour ses prises de position jugées favorables à la Russie dans un contexte de guerre toujours en cours en Ukraine.
Sa notoriété dépassait d'ailleurs largement le cadre des plateaux de télévision. Sollicitée par d'autres médias, invitée à s'exprimer sur les réseaux sociaux, elle avait construit au fil des années une véritable stratégie de communication, mêlant interventions télévisées, prises de position tranchées et présence numérique soignée. Cette exposition permanente rend d'autant plus frappant le contraste avec la discrétion qu'elle observe depuis sa disparition, un mutisme total du côté des caméras compensé uniquement par les tribunes écrites qu'elle continue de faire publier.
Une candidature à Berlin qui embrase la classe politique allemande
L'affaire prend une tournure diplomatique avec la révélation de sa candidature à la direction de la Maison russe de Berlin, une institution culturelle très liée au Kremlin. Cette annonce, intervenue juste après le « coup de force » français de son expulsion, a immédiatement déclenché une cascade de réactions politiques outre-Rhin. Plusieurs responsables allemands s'inquiètent qu'une personnalité expulsée de France pour atteinte aux intérêts fondamentaux de l'État puisse, dans le même temps, prétendre à un poste d'influence culturelle en Allemagne, à quelques centaines de kilomètres de la frontière française.
Paris et Berlin sous tension diplomatique
Cette séquence illustre les difficultés croissantes que rencontrent les gouvernements européens face aux relais d'influence russes installés sur leur sol depuis le début de la guerre en Ukraine. La France, en expulsant Xenia Fedorova, a voulu envoyer un signal ferme. Mais l'épisode révèle aussi les limites de ce type de mesure : sans arrestation ni contrôle aux frontières, l'intéressée a pu s'évaporer avant même que la décision ne produise ses effets, tout en continuant de communiquer publiquement depuis l'étranger et de peser, potentiellement, sur la vie politique d'un pays voisin.
Que peut-il se passer maintenant ?
Pour l'heure, ni la nationalité du pays où elle se trouve, ni la date d'un éventuel retour en France ne sont connues. Les autorités françaises n'ont pas communiqué sur d'éventuelles suites judiciaires, et rien n'indique qu'un mandat de recherche international ait été émis à son encontre. Xenia Fedorova, elle, semble avoir choisi son terrain : celui de la tribune écrite plutôt que celui du plateau de télévision, poursuivant depuis l'ombre un bras de fer engagé avec Paris. Une nouvelle tribune dans le JDD ou le JDNews est déjà annoncée par plusieurs observateurs comme le prochain épisode probable de cette cavale pas comme les autres.
Reste une question de fond, qui dépasse le seul cas de Xenia Fedorova : celle de l'efficacité réelle des mesures d'expulsion administrative face à des personnalités disposant de réseaux et de relais suffisants pour s'y soustraire durablement. Entre la France, qui affirme avoir agi pour protéger ses intérêts fondamentaux, et l'Allemagne, désormais confrontée aux répercussions politiques d'une candidature controversée à Berlin, cette affaire pourrait bien continuer d'alimenter les tensions diplomatiques entre les deux pays pendant encore plusieurs semaines.
